Bateau Amiral de notre flotte des Olonnois
La Bigaille, chaloupe de l’école des pêches des sables d’olonne fùt donnée en 2000 à notre association, l’Amicale des Olonnois & Voile traditionnelle et restaurer de fond en comble par nos illustres prédécesseurs, Loulou VALLÉE & Dédé NEAU. Ces capitaines successifs ont été André NEAU, Jacky DOUBLET, Michel SAUVETRE et à présent Allard JONGSMA allias l’Amirauté.
C’est notre bateau amiral utilisé en régate où prend place le comité de course/jury et, c’est important, le bateau à son bord une d’une échelle de secours d’homme à la mer. Mais cette utilisation régatière n’est pas exclusive, tout membre de l’association peut en prendre la barre pour des sorties familiales à la voile ou au moteur, où des parties de pêche à plusieurs membres. Seules contraintes en informer au préalable son capitaine sur sa disponibilité, en l’occurence l’Amirauté, disposé d’une VHF (à minima un téléphone) et se conformer aux instructions propres à son utilisation (rubrique en annexe).
Site Facebook de la Bigaille :https://www.facebook.com/la.bigaille85/
Un brin d'histoire sur La Bigaille...
Un brin d’histoire s’impose.
Tout d’abord, comme son nom l’indique, la « Bigaille » est du sexe féminin. C’est une chaloupe construite par Clément Dubernet, le père des Olonnois. Cette sœur justifie sa place avec eux dans notre Amicale. Elle fut construite pour apprendre aux jeunes de l’école des pêches à faire avancer un bateau sur l’eau avec des avirons, à la nage ou à la godille, ce qui ne se pratique plus. La «Bigaille» fut reléguée au fond du port où commença son agonie. Un nouveau directeur de l’école maritime s’en émut et la proposa à notre Amicale. Mais dans quel état! Certains prétendirent que la chaloupe était irrécupérable.

C’était mal connaître notre « résurrecteur» de bateaux, Loulou Vallée, qui la remit entièrement à neuf. On lui mit un moteur diesel bi-cylindres. On y ajouta un gréement au tiers avec deux mâts, un grand et l’autre de misaine, un bout dehors pour y mailler un foc et vogue la belle galère! Un bon bateau, bien dans son rôle. Son moteur puissant couplé à une hélice à trois pales ne permet pas une grande vitesse mais procure une bonne puissance de traction. C’est un élément précieux pour l’Amicale. Elle remonte moins bien au vent que les Olonnois. Par contre, dès qu’on abat un peu et que la brise adonne, ils ont du mal à s’accrocher derrière. Outre l’esthétique de ses prestations au sein de la flotte, la chaloupe de six mètres, affectée à l’assistance des Olonnois, devient bateau jury durant les confrontations amicales rade des Sables, avec André Neau pour maitre à bord, après…Dieu, et encore..!
Poulie coupée, bitte et couilles de chat. – Quand la « Bigaille » retrouva son élément, il lui fallut un responsable – . Le Président de l’Amicale de l’époque le proposa au capitaine actuel. Celui-ci, un homme d’un certain âge, était disponible, des ennuis de santé l’avaient obligé à se séparer de son Olonnois. Un peu remis maintenant, il hésita à accepter cette fonction qui ne lui paraissait pas très valorisante. Mais il se dit: ça vaut mieux que de rester sur le ponton et voir les autres partir. Ce qui lui était très douloureux. Il n’était pas le capitaine d’un bateau lavoir, mais d’un bateau balai! Il proposa au directeur des régates de faire office de bateau jury et ne trouva pas un équipier mais une équipière, une jeune femme qu’il avait déjà emmenée deux ou trois fois lors de sorties des Olonnois. Elle s’intéressait à la marche du bateau, s’en tirait fort bien à la barre. Et se proposa d’accompagner le capitaine à chaque régate. Là encore, celui-ci hésita, puis accepta en se disant qu’il buvait le calice jusqu’à la lie. Non seulement il était en charge d’un bateau balai, mais voilà qu’il embarquait une «poulie coupée», charmante certainement. Il lui enseigna le vocabulaire marin, lui expliqua ce qu’est une bitte d’amarrage, un vit de mulet, des couilles de loup ou de chat! Elle a des dispositions pour faire un bon marin, se dit le capitaine. Elle n’est pas bégueule, ça devrait marcher.
Des bouges de Saigon à la Jean-Marthe – Assez souvent, d’autres femmes embarquent à bord de la «Bigaille » pour voir de près leurs chéris en pleine action de régate.- Ces passagères provoquent des quolibets de la part des équipages des Olonnois. Ils clament bien haut leur étonnement de les voir embarquer en compagnie d’un vieil homme qui fréquenta, dans sa jeunesse, les bouges de Saigon, Hambourg, San Francisco, Hong Kong! Le capitaine, sourire narquois aux lèvres, ne répond pas à leurs railleries. En attendant le signal de départ entre la bouée Jean-Marthe et l’extrémité de la petite jetée, les Olonnois croisent dans la rade. Magnifique spectacle avec, en toile de fond, la plage et la ville des Sables. Ils sont une ving-aine, aux couleurs différentes, qui vont et viennent, créant un ballet nautique fabuleux! Puis ils se regroupent, sachant le départ imminent. Le spectacle n’en est que plus beau. Il est heureux le vieux capitaine. Même s’il ne court plus, ses amis lui procurent un magnifique tableau dont il se régale. Il explique à ses passagères les astuces de la régate. Pourquoi un des participants ne prend pas la même direction pour aller virer une bouée. Elles apprécient ses commen-taires, encouragent les navigateurs de la voix, vivent intensément l’heure présente, notent les écarts à l’arrivée. La régate finie, on regagne le port. Ces dames sont ravies et remercient le capitaine pour cet après-midi inoubliable, vécu sans la moindre appréhension. L’homme répond par monosyllabes. Un souvenir lui remonte en mémoire. Celui-ci s’appelle «Le Roseau », Mais c’est une autre histoire…
2025/2026 Dernière restauration de La Bigaille
La Bigaille & le Roseau
En ce jour du quinze août, Bourgenay fêtait la Vierge Marie car sa chapelle lui est consacrée. C’est une très vieille légende de plusieurs siècles. A cette époque, une princesse, la princesse de Nassau, d’origine espagnole, voyageait dans un bateau. Au large d’ici, celui-ci fut pris dans une violente tempête, menaçant de couler. Très catholique, elle se jeta aux pieds d’une statue de la Vierge qui était à bord et supplia celle-ci des les sauver, lui promettant de faire construire une chapelle à son intention, là où elle échouerait. Ce fut ici, à cet endroit même, elle le nomma alors le bourg où je nais, d’où Bourgenay.
Ce point d’histoire éclairci, il y avait une autre fête à Bourgenay ce jour là, celle de la mer qui se fait dans tout port qui prétend être tel.
Bourgenay organise la sienne tous les ans à cette date et tous les ans les autorités invitent les Olonnois à venir y participer. Pour les récompenser on leur offre un bon repas, précédé d’un apéritif et qui se termine par café et pousse-café, en mer on ne craint pas l’alcootest, Sarko n’est pas là, enfin pas encore ! La seule chose que l’on demande aux Olonnois c’est que la flottille entière vienne assister au jeté d’une couronne de fleurs à la mémoire des marins péris en mer à la bouée mouillée à quelques encablures du port. Traditionnel et émouvant.
Pas fainéants, les Olonnois avaient déplacés seize bateaux, ça faisait du monde à deux par embarcation, minimum, certains étaient trois. La journée s’annonçait bien, pour commencer une belle balade sur l’eau, ensuite un bon repas avec ce qu’il faut pour le faire descendre, quelques épouses de ces grands navigateurs étaient venues par la route les rejoindre pour participer aux agapes, ce qui fait qu’ils étaient une bonne cinquantaine au total ! Qui a dit que les Olonnois ne participaient pas aux invitations ?
Voilà bien la preuve du contraire, et leur arrivée dans le port ne passa pas inaperçue. Ils étaient nombreux les badauds à venir admirer ces bateaux d’une autre époque, et surtout leurs équipages ! Ce n’est pas souvent qu’il y a pareil spectacle dans ce port de Bourgenay, où les plaisanciers ont l’air un peu coincés !
Quand ils eurent bien mangé, bien bu, bien chanté, il était temps pour les Olonnois d’embarquer dans leurs bateaux pour être à quatorze heures trente sur place, l’heure prévue pour la cérémonie. Celle-ci classique, accompagnée d’une musique de circonstance jouée par des musiciens embarqués sur une vedette, ne dura qu’un quart d’heure et chacun repartit.
Les Olonnois n’ayant plus rien à faire dans le port de Bourgenay mirent le cap sur les Sables. Ils firent des adieux aux autres embarcations en se promettant de revenir l’année prochaine.
Partons, la mer est belle ! Chantaient certains d’entre eux, ils avaient bien raison car leur parcours s’annonçait sous les meilleurs auspices, il faisait beau, le soleil brillait et il y avait de la brise juste ce qu’il fallait, le seul ennui était qu’elle venait du Noroît autrement dit dans l’axe de la route pour rejoindre les Sables. Ce n’était pas dramatique car la mer ne se creusait pas comme l’autre jour en sortant de Jard, l’inconvénient majeur était qu’il faudrait tirer des bords pour revenir au port. Ce n’était pas pour effrayer ces vaillants navigateurs qui connaissent très bien l’adage de ceux qui naviguent à la voile. Deux fois la route, trois fois la peine ! Mais aujourd’hui ce ne serait pas pénible, la météo étant extra. Il y avait juste un léger clapot qui ne gênait nullement, au contraire il berçait la digestion de quelques-uns.
Ils partirent donc joyeux, ces vaillants Capitaines, pour une course pas très lointaine, mais l’horizon était bien dégagé, ce qui leur permettait de bien naviguer. Dans cette Amicale composée exclusivement d’Olonnois il y a, c’est normal l’exception qui confirme la règle. Cette exception est une ancienne chaloupe qui appartenait à l’école des Pêches des Sables, qui servait à la formation de futurs patrons pêcheurs. Mal en point, délabrée, en mauvais état, que personne ne voulait ou pouvait réparer, vu son état lamentable, d’autant qu’il n’y a plus de charpentiers de marine. Ne sachant quoi en faire, l’école la donna à l’Amicale, comme c’est une construction Dubernet et que les bateaux de l’Amicale ont tous été construits par Dubernet, l’Amicale l’accepta. Elle a, parmi ses membres, un ancien charpentier de marine à la retraite, qui ne répare pas les bateaux, mais les ressuscite, pourvu qu’il ait un bout d’étrave ou d’étambot !
Cette chaloupe, malgré son délabrement, ne l’effrayait nullement à remettre en état, il le fit. C’est un beau bateau qui fait six mètres de long, à deux mâts et porte un gréement au tiers, il a une petite quille avec une dérive sabre qui se descend et se remonte à volonté. C’est maintenant un très bon bateau, très solide, un peu lourd, ne remontant pas très bien au vent, mais ça devrait s’arranger car, pour le compléter on lui a trouvé un moteur diesel de dix chevaux qui lui convient parfaitement. Il n’a pas de propriétaire, il fait partie du patrimoine de l’Amicale qui l’a confiée au plus âgé des membres des Olonnois, qui s’en occupe … disons pas trop mal. Son rôle essentiel est de dépanner ceux qui ont des ennuis, panne de moteur, espar brisé, voile déchirée, etc…. et de les remorquer en lieu sûr pour réparer. D’ailleurs il est toujours le dernier à sortir du port, comme à y rentrer, au cas où quelqu’un aurait besoin d’assistance.
A chaque sortie des Olonnois il est omni présent, paré à aider ceux qui ont besoin de ses services. Ce fut le cas encore aujourd’hui car au moment de repartir de Bourgenay, il y eut deux récalcitrants qui refusèrent de démarrer, caprice de moteur sûrement, il les sortit du port les emmena au large, là ils mirent leurs voiles et voguèrent vers les Sables. Il lui arrive même de faire fonction de bateau jury donnant le départ de la régate et pointant les arrivées, c’est dire la diversité de ses fonctions.
Ce bateau bien entendu à un nom, il s’appelle « La Bigaille », inutile de chercher dans la partie historique du dictionnaire ce que cela veut dire, ça n’y est pas et pour cause. C’est un mot qui vient du patois vendéen, il y a deux versions, l’une qui dit qu’on nomme bigaille la menue monnaie, une autre qui dit que ce mot émane d’un jeu de cartes d’origine espagnole qui s’appelle l’aluette et qui veut dire que l’on a un jeu moyen. Ce bateau se distingue des Olonnois surtout par les formes de sa voilure et de sa mâture qui sont très différentes, et aussi par le profil de sa coque qui n’est pas du tout le même, la couleur rouge éclatante de ses voiles très pointues l’identifie rapidement.
Il n’y a pas que le bateau qui se démarque de la flottille, son Capitaine non plus n’est pas d’un modèle courant. C’est un vieux routier de la mer qui dans sa jeunesse a traîné ses bottes un peu partout dans le monde.Il a navigué sur la grande houle du Pacifique, sur les eaux tumultueuses du Mékong, sur celles parfumées de larivière des perles au Tonkin, où il a côtoyé l’amiral Courbet toujours plié en deux, il a traversé la mer de Chine, nagé dans les eaux turquoises de l’océan Indien, plongé dans celles de la mer Rouge, etc., etc. … bref a bien roulé. Maintenant il trouve son bonheur à bord de cette modeste chaloupe sur l’Atlantique, aux bords duquel Il a passé sa jeunesse, ici justement à Bourgenay avant que l’on détruise la maison de ses parents où il avait été élevé pour faire ce port de plaisance dangereux par mauvais temps, et où il vient toujours à contre cœur. Cependant ce Capitaine n’a pas de second, ce qui lui serait utile dans maintes occasions, il aimerait bien avoir un matelot à qui il apprendrait les finesses de la voile, hélas il est toujours seul, enfin pas tout à fait car très souvent il emmène des passagers parfois des passagères, ce qui fut le cas aujourd’hui.
Deux charmantes jeunes femmes et le fils de l’un d’elle sont venues lui demander s’il voulait les emmener avec lui à Bourgenay à bord de La Bigaille. Le vieux Capitaine, toujours galant envers les dames, accepte bien sûr leur demande, d’autant plus que leurs maris sont des membres actifs de l’Amicale, des amis qu’il connaît bien évidemment. Cela compensait sa déception de ne pas avoir de mousse, de plus son amour propre était flatté.
C’est toujours valorisant pour un homme, même s’il a soixante dix ans, que deux jeunes femmes lui demandent de l’emmener avec lui, d’autant plus qu’elles sont jeunes, jolies et charmantes, il se dit in petto que la navigation n’en sera que plus agréable, avec un équipage pareil !
Ses amis le chahutèrent lui disant que ces dames lui ont demandé à lui de les embarquer car elles savent qu’avec son grand âge elles ne craignent rien, leur féminité n’aura pas à en souffrir. Lui il souriait tout en leur répondant que c’était le dépit qui les faisait causer ainsi.
L’aller pour Bourgenay se passa au mieux, dommage que la brise ne soit pas un peu plus forte, mais étant en charmante compagnie le Capitaine ne s’en plaignait pas, d’autant que vis à vis de lui elles étaient l’une comme l’autre très avenantes, souriantes, gentilles à souhait, il pensa même qu’une jeune femme comme ça ferait un excellent mousse, qu’il aimerait former.
L’arrivée au port de Bourgenay se fit sans incident notable, ils furent accueillis par des cris de joie, des souhaits de bienvenue et des blagues de circonstance sur les jeunes femmes qui n’ont pas eu peur d’embarquer avec un homme qui dans sa jeunesse avait fréquenté des bordels ou tripots innommables, à Macao, à Hong Kong ou à Buenos Aires, qui avait bourlingué dans tous les coins du monde, fréquenté des individus peu recommandables. Il riait lui, tout en répondant à ses détracteurs qu’ils auraient bien aimé être à sa place, s’ils avaient pu ! Le repas offert par les autorités du port pour récompenser ces vaillants Olonnois eut lieu en plein air autour de la même table, ils étaient une cinquantaine de joyeux invités ou copains, l’ensemble ne manquant pas de convivialité. On mangea, on bu, on chanta, le vieux Capitaine, encore lui, micro à la main entraîna ses amis, c’était la fête ! Comme la font les Olonnois !
Puis les bateaux prirent la mer pour se rendre à la cérémonie, fidèle à sa mission, La Bigaille attendit que le dernier bateau soit sortit pour partir à son tour, bien lui en prit, ils étaient deux Olonnois en panne, incapables de sortir du port ! La Bigaille leur passe un cordage à chacun et les prend en remorque les emmenant au large. Là ils n’ont plus qu’à hisser leurs voiles et mettre le cap sur les Sables, sans aller à la cérémonie qui sera terminée ou presque quand ils arriveraient sur place, d’ailleurs ça doit être le cas car on voit quelques Olonnois qui apparemment font route vers les Sables. Ils sont donc trois bateaux un peu en tête des autres, paradoxe se sont ceux qui sont sortis les derniers, c’est sans importance on ne fait pas de régate, ils ont tous le même but, rejoindre le port des Sables.
A bord de La Bigaille c’est le même équipage qu’à l’aller, le Capitaine en est très content, car il lui est arrivé d’avoir des passagers pour l’aller mais pas pour le retour, et être seul pendant deux ou trois heures ce n’est pas très marrant, la compagnie de ces deux jeunes femmes est certainement plus attrayante. Étant un bavard, le Capitaine raconte à ses deux passagères, avec un brin de nostalgie bien sûr, ses aventures de jeunesse de part le monde, les embellissant forcément, ne ménageant pas ses effets. Ah ! Leur dit-il si vous m’aviez connu à l’époque vous ne l’auriez pas regretté j’en suis sûr, les filles étaient folles de moi ! Il faut dire qu’à cette époque j’étais beau gosse, mais hélas vous voyez comme les années détruisent un homme ! Il leur raconte ses conquêtes, ses échecs, bref il les fait rire, et elles ne s’en privent pas !
Autant dire qu’à bord ce n’est pas la mélancolie, d’ailleurs tout est réuni pour passer ensemble un bon moment. Il fait très beau, le soleil brille, la mer est belle, les jeunes femmes aussi, pas farouches ! Qui a dit que la vie n’est pas belle? Un grincheux sans doute.
C’est bien beau de rigoler, mais il faut aussi penser à la route pour rallier les Sables et pour ça il faut tirer des bords, en d’autres termes, louvoyer. La brise est noroît on l’a sur le nez, il n’y a donc pas d’autres façons de faire. La Bigaille fit un premier bord vers le large, puis elle vire et revint vers la terre. Le Capitaine qui connaît un peu son affaire s’aperçu que ce bord de terre, pour un peu qu’on le pousse au maximum en longeant la côte fait gagner beaucoup au vent, c’est normal car il se produit parfois un courant d’air très bénéfique le long de la côte. Ce premier bord à terre pourtant il ne le pousse pas trop loin, ils sont dans un secteur pas très sympathique, de nombreuses têtes de roches émergeant çà et là, rien de très rejouissant, mais calculant dans sa tête, il se dit que le prochain bord il devrait pouvoir le pousser loin, car ls seront dans un endroit où il y a du fond, souvent il a vu de terre les pinasses des marins pêcheurs au ras des cailloux, c’est donc qu’il y a de l’eau.
Ils repartent une nouvelle fois vers le large, croisant sur leur route des Olonnois qui eux aussi tirent des bords, ils se font de grands signes de joie accompagnés souvent ;de quolibets un peu salés, mais ce n’est pas ça qui les froissent.
Quand le Capitaine juge que le moment est venu de virer et de remettre le cap sur la terre il le fit. Docile, La Bigaille évolue lentement sur l’eau, obéissant à la volonté de son maître et prend un nouveau cap vers la terre. Ce bord pense celui-ci, je vais le pousser au maximum, car si je manœuvre bien, que nous arrivons à bien gagner au vent, le prochain vers la terre doit nous amener devant la plage des Sables, et nous serons rendus. Pour l’instant nous sommes encore loin de la côte, je vais attendre d’être plus près pour voir jusqu’où je peux aller se dit le Capitaine. Le bateau marche bien, on raconte toujours des blagues, la vie continue à être belle ! Une des passagères manifeste le désir de barrer le bateau, si c’est possible, sans causer d’ennuis. Aucun assure le Capitaine qui l’invite à venir près de lui pour lui montrer comment il faut faire. Elle vint donc s’asseoir près de lui et prit la barre que celui-ci lui confia, tout en gardant sa main à proximité au cas où elle ferait une erreur ce qui n’entraînerait pas de fâcheuses conséquences car là où ils sont il y a de l’eau sous la quille, donc aucun souci à se faire, il peut donc donner en toute quiétude un cours de pilotage à sa passagère. Il apprécie cette initiative de sa part, et pour bien lui expliquer comment le bateau réagit à telle ou telle manœuvre, il passe son bras derrière son dos, l’entourant, pour bien la guider et être prêt à reprendre la barre en main si besoin était.
Il est bien là, le vieux Capitaine, tout près de cette jeune femme qu’il enlace à demi, il sent sa hanche contre la sienne, son dos dénudé qui parfois s’appuie sur sa poitrine, leurs têtes se frôlent, ses cheveux que le vent ébouriffe lui caressent le visage, il respire son parfum qui le grise, lui monte à la tête, émousse sa vigilance, son attention à la navigation se relâche. Il savoure l’instant présent, l’apprécie, le déguste,
il en est tout ému ! Il n’est plus là le vieux Capitaine ! Il navigue sur un océan de rêve ! Il est remonté dans le temps ! Celui de sa jeunesse ! Il est reparti là bas, dans ces îles peuplées de filles splendides à la peau couleur de miel, si accueillantes qui vous mettent des colliers de fleurs autour du cou ! Il n’est plus à bord de La Bigaille mais dans une pirogue avec sa vahiné, là bas quelque part en Polynésie ! Ah Dieu de Dieu où est-il ce temps, cette époque ! Tout à ses rêves il ne remarque pas que la côte est toute proche ! Et qu’il serait temps de virer de bord avant qu’ils aient des ennuis. C’est la jeune femme qui lui exprimant ses craintes le ramène à la réalité. Ne t’inquiète pas lui dit-il, là où nous sommes nous ne craignons rien, il y a de l’eau, mais pour te rassurer nous allons virer. Par acquis de conscience, il regarde bien autour d’eux. Sur la surface de l’eau il n’y a pas le moindre remous suspect ou une petite houle signalant la présence d’une roche à fleur d’eau, la mer est comme un lac. Il constate mais ne le dit pas à ses amis qu’il a exagéré, ils sont vraiment très près de la côte, mais d’un coup d’œil à la verticale ne lui permet pas de voir le fond, donc pas d’affolement il y a de l’eau sous la quille, mais il faut virer de suite sans attendre plus longtemps, ils n’ont que trop tardé, et ils vont avoir des ennuis d’ici peu, une sourde inquiétude soudain l’étreint, il se rend compte qu’ils sont allés trop loin.
Allez on vire dit-il ! Et joignant le geste à la parole il pousse la barre, pas contrariant le bateau vire sans difficulté, on borde les voiles et hop cap au large on repart ! La Bigaille lentement prend un peu de vitesse laissant les rochers derrière elle. Le Capitaine malgré lui pousse un soupir de soulagement, car c’est vrai, il a pris des risques en allant si près de la côte, au lieu de papillonner auprès de ses passagères, il aurait mieux fait de surveiller sa route ! Il s’apprête à donner une petite tape amicale sur l’épaule de son apprentie barreuse toujours près de lui, pour la féliciter de son attention quand soudain il sent son cœur s’arrêter, un choc pas très violent, mais brutal stoppe brusquement le bateau qui se couche sur le côté, projetant brutalement les passagers sur le même bord ce qui augmente la gîte, de plus les voiles pleines de vent qui portent toujours accentuent encore cette gîte à tel point que l’eau commence à embarquer par bâbord arrière ! Ça devenait sérieux ! Très sérieux ! S.O.S. on coule !
De ses yeux incrédules le Capitaine a une vision de cauchemar, il voit sous le bateau un rocher recouvert par moins d’un mètre d’eau sur lequel ils viennent de s’échouer ! Enfer et damnation ! Comment cela se fait-il ? Horreur, sacrilège, il vient de mettre son bateau au sec ! C’est la pire des choses qui puisse lui arriver, à lui ! C’est le déshonneur, l’opprobre, la honte ! Il ne sera plus digne de barrer un bateau, juste bon à gratter les berniques sur la coque et encore sera-t-il capable de les enlever sans faire un trou au bateau, ce n’était pas sûr !
Ces pensées lui traversent l’esprit à la vitesse de la lumière, il ne prend pas la peine d’y réfléchir, ce n’est pas le moment, il a autre chose à faire de plus urgent, il faut se sortir d’ici rapidement. Malgré cette situation catastrophique il garde la tête froide et sait que la première chose à faire est de remonter la dérive, c’est elle qui a touchée la roche, elle dépasse de plus d’un mètre sous la coque ! Il ordonne à ses passagers de le faire immédiatement pendant que lui met le moteur en route pour aider à se sortir de cette position pas très glorieuse.Aussitôt la dérive remontée, La Bigaille se redresse et reprend sa position normale, le Capitaine ayant lancé le moteur embraye immédiatement, le bateau repart, retrouve de l’eau sous sa quille et flotte normalement. Ils sont tous muets de stupeur, réalisant mal ce qui vient de leur arriver, c’est vrai que ça n’a duré que le temps de le dire, à tel point qu’ils se demandent s’ils n’ont pas fait un mauvais rêve, s’ils ont bien touché un rocher. Le Capitaine lui aussi repense à cet événement, c’est alors qu’un sourire naît sur ses lèvres, sa mémoire a enregistré seconde par seconde ce qui s’est passé et maintenant lui restitue lentement leurs faits et gestes, les réactions diverses de chacun des passagers, comme dans un ralenti au cinéma.
Il rit car il se souvient parfaitement, que l’une des -passagères aussitôt le choc a saisit la radio portable qu’ils ont à bord et appelés les autres Olonnois en leur disant qu’ils étaient échoués sur une roche, personne ne devait être à l’écoute car aucun ne répondit, ils pouvaient couler, jou se noyer comme des rats dans l’indifférence totale, à quoi elles servent alors les VHF? Heureusement la proximité de la côte aurait évité une noyade générale.
L’autre passagère très prévoyante a sorti de leurs rangements les brassières de sauvetage, elles ont eu l’une comme l’autre une saine et excellente réaction, quant au jeune homme il remonta rapidement la dérive.
Le Capitaine les félicite pour leur initiative mais leur rappelle que La Bigaille est un bateau en bois avec des volumes de flottaison et qu’elle ne peut pas couler. Malgré son sourire un peu crispé le Capitaine, sans trop plastronner devant ses passagères, s’interroge sur ce rocher isolé sur lequel ils viennent de talonner, il est très surpris, il faut bien admettre qu’ils ont été un peu près de la côte et que cela n’a rien d’extraordinaire.
Si au lieu de rêver en compagnie de ses passagères à des choses qui ne sont plus de son âge, il avait mieux surveillé sa route il se serait aperçu bien plus tôt qu’au lieu de faire le joli cœur il fallait virer et ne pas jouer les écraseurs de crabes.
Bon il n’y a pas de casse c’est l’essentiel, on s’en tire bien, ils sortirent la dérive de son puits pour vérifier si elle n’a pas trop souffert, mais non, pas même une trace du choc, il faut bien dire que celui-ci en réalité n’a pas été très violent, car le bateau venait juste de virer et n’avait pas encore une grande vitesse, mais il est vrai qu’il a stoppé brutalement, il ne reste plus qu’à pomper le peu d’eau embarquée et mettre le cap sur les Sables.
Le Capitaine soulagé de ne pas avoir abîmé son bateau, sait qu’une autre épreuve l’attend au ponton, quand l’aventure se saura, que les copains seront mis au courant, il va entendre siffler ses oreilles, se faire mettre en boîte et pas tendrement, c’était bien normal. Cela débuta avant d’être rentré au port, les passagères qui maintenant, le Capitaine s’en rend compte ont eu peur, éprouvent le besoin de l’extérioriser cette peur et à tous les Olonnois qu’ils croisent dans la rade en arrivant elles leur crient, avec gestes à l’appui, qu’ils se sont échoués sur un rocher !Ils ne comprennent pas grand chose, et pour cause. Sur le ponton se fut une autre chanson, pourtant et cela lui fit plaisir au Capitaine, personne ne se moqua de lui, au contraire, ses amis lui dirent que cela était arrivé à beaucoup de marins de talonner sur une tête de roche, qu’il n’était pas le premier et cette roche qu’ils avaient été caresser, était bien connue des marins pêcheurs elle se nomme le Roseau.
Il est vrai qu’elle est assez loin du rivage, que l’on peut la contourner mais il faut bien la situer, les marins pêcheurs qui sont équipés d’appareils de détection le font très bien, d’ailleurs dans les grandes marées au basse mer elle émerge, sur une carte marine elle y est portée, il pourrait vérifier au local il y en a une.
Le Capitaine ne chercha aucune excuse, prit toute la responsabilité de l’incident à son compte. C’est la faute à personne d’autre, déclara-t-il, je suis le seul coupable, si nous avons talonné sur le Roseau c’est que j’ai été trop près de la côte,
j’ai manqué de vigilance ajoutant qu’il ignorait qu’ici il y avait une roche à fleur d’eau, mais là encore il était coupable de ne pas le savoir. Avant d’aller se frotter aux cailloux on se renseigne pour savoir où ils sont !
Certains insinuèrent que la présence de ces deux charmantes femmes avait du lui tourner la tête, certainement le troubler, qu’à l’avenir il ne devrait plus emmener avec lui des femmes jeunes et jolies, qu’un jour ou l’autre cela lui serait fatal.
Les deux jeunes femmes accusées le défendirent énergiquement, assurant qu’il avait voulu leur faire plaisir et qu’il avait très bien réussi car elles se souviendront longtemps de cette promenade à bord de La Bigaille, là au moins il y avait de l’action elles n’avaient pas fait un parcours d’une banalité affligeante. Avec lui, dit l’une d’elles, on est sûr de ne pas s’ennuyer, il sait créer des diversions, et pour appuyer leurs dires les deux charmantes dames embrassèrent chaleureusement leur Capitaine assurant qu’à la prochaine sortie elles embarqueraient avec lui sans l’ombre d’une hésitation !
Comme il se doit l’événement devait s’arroser, cela se fit au local où tous se retrouvèrent pour la circonstance.Voulant bien situer cette maudite roche qui avait bienfaillit lui causer de graves ennuis, le Capitaine étudia la carte marine. Effectivement la roche est bien là où ils sont allés, c’est bien sûr elle qu’ils ont talonné, elle est isolée, un peu écartée du rivage, mais il est vrai que l’on peut la contourner il y a de l’eau tout autour, mais pour pratiquer ce genre d’acrobatie il est indispensable d’être équipé pour le moins d’un sondeur qui donne la nature du fond et permet de bien situer la roche.
Détaillant bien le lieu où cette aventure leur était arrivée, le Capitaine conclut qu’il n’avait pas eu de chance, car s’ils avaient viré dix mètres plutôt ou dix mètres plus tard, ils seraient passés à côté de cette roche sans se douter du danger qu’elle représentait pour eux. On pouvait également dire qu’il avait peut être eu de la chance, car si le choc avait été plus violent, que le bateau aurait eu une plus grande vitesse, l’incident aurait pu être plus tragique peut être que ça ne serait pas terminé de la même façon. Mais c’est bien connu avec des si et des mais on referait le monde. Cela n’empêcha pas le Capitaine d’être un peu vexé dans son amour propre de pareille aventure. Lui aussi jura mais un peu tard que l’on ne le reprendrait plus à aller si près de la côte. Il est bien obligé d’admettre en lui-même, sans le dire à personne que la présence des deux jeunes femmes à son bord l’ont certainement troublé, il a négligé sa navigation, sa vigilance, il s’est laissé distraire.
S’il avait été seul à bord, cela ne lui serait certainement pas arrivé, cependant il n’a aucun regret, car pendant quelques instants grâce à ces deux jeunes femmes, n’a-t-il pas fait de beaux rêves ? Ne lui ont elles pas fait retrouver les émotions de sa jeunesse? Ne l’ont elles pas accompagnées là bas. dans ces îles que l’on dit si belles, si envoûtantes, dont il n’a jamais pu se détachercomplètement ! A son âge on se nourrit de ses rêves de jeunesse quant on peut les évoquer, ce füt le cas grâce à la gentillesse et à la générosité de ses passagères envers lui. Cela vaut bien une talonnade sur le Roseau ? Non ? Oh si ! Mais cette conclusion il l’a garde pour lui le vieux Capitaine.
Dédé Neau le 15 août 2002
PS : Aux dernières décisions du bureau de l’Amicale des Olonnois, et à l’unanimité, il a été décidé de contacter le Service National Hydrographique de la côte est de l’Atlantique pour leur demander de débaptiser « Le Roseau » et le rebaptiser « La Roche a Dédé ».
Le Poème de La Bigaille & du Roseau